| De Michaëlle Jean à Barack Obama! |
|
|
|
|
De par le monde, depuis plusieurs semaines, tous les yeux sont braqués sur un seul homme : Barack Obama. Récemment, le journal parisien Le Nouvel Observateur titrait : « La candidature d'Obama améliore l'image des Etats-Unis dans le monde », à la suite d’une étude, menée dans 24 pays, ayant montré que la plupart des sondés espéraient un changement positif de la politique étrangère des Etats-Unis après l'élection du nouveau président. Cet échantillon de gens a, en effet, estimé que Barack Obama suscitait davantage la confiance que son rival républicain John McCain. Ce premier sérieux prétendant noir au gouvernail de la plus grande puissance militaro-industrielle de notre ère, suscite en effet tant d’espoirs ! Si la multitude d’appuis qui l’a hissé à cette position démontre, une fois de plus, que les « certitudes » humaines évoluent et qu’on n’arrête pas la marche de l’histoire, jusqu’où cependant l’individu humain a-t-il changé ? Au delà des apparences ! Se peut-il qu’en plein 21e siècle, on trouve des diplômés d’université, à qui on a appris à fonctionner avec tous les gadgets de la post-modernité, voire d’autres qui ont la tête « bien pleine » de « philosophie » et qui soient encore sensiblement à l’âge de la pierre, tant leurs conceptions de la réalité sont rétrogrades? Des observateurs bien avisés vous diront que oui. A contrario, peut-on imaginer des individus humainement très avancés, bien que non alphabétisés et n’ayant donc nul accès personnel à rien de tous ces siècles d’accumulation d’informations et d’éclairages scientifiques? Nombre de ceux qui ont eu le privilège d’approcher et de voir à l’oeuvre des humains de différents « niveaux », dans différents milieux, vous diront aussi que oui. Ainsi, les nuances dans le jaugeage du pouvoir du savoir et de celui du comprendre chez l’individu humain sont à ce point complexes qu’elles fourvoient encore les uns, laissent libre cours aux considérations volontairement biaisées d’autres. Et quand l’évidence du génie de ceux qu’on voudrait inférieurs crève les yeux, on trouve encore des purs et durs dont l’ethnocentrisme est tel qu’on les soupçonnerait volontiers de vouloir faire des remontrances au Créateur d’avoir établi les humains fondamentalement égaux, s’ils avaient pu le rencontrer. Incrédules voire sceptiques, mais à la limite moins mesquins, d’autres encore continuent de se demander : où commence l’égalité et où finit la différence entre les humains? Rien qu’à travers les trois siècles derniers, les soubresauts de l’histoire de l’humanité, joints à la démythification graduelle de la nature égalitaire de l’être humain au delà de l’épiderme et d’autre superficialités, mériteraient qu’on en parle en termes de révolution dans les niveaux de connaissance de la personne humaine. Tout naguère, le Français Pierre Larousse, dire qu’il croyait prendre farouchement la « défense » de l’« espèce nègre »! écrivait dans son Grand Dictionnaire universel (c’était à la fin du XIXe siècle) : « C’est en vain que quelques philanthropes ont essayé de prouver que l’espèce nègre est aussi intelligente que l’espèce blanche. Quelques rares exemples ne suffisent point à prouver l’existence chez eux de grandes capacités intellectuelles. Un fait incontestable et qui domine tous les autres, c’est qu’ils ont le cerveau plus rétréci, plus léger et moins volumineux que l’espèce blanche, et comme, dans toute la série animale, l’intelligence est en raison directe des dimensions du cerveau, du nombre et de la profondeur des circonvolutions, ce fait suffit pour prouver la supériorité de l’espèce blanche sur l’espèce noire. Mais cette supériorité intellectuelle, qui selon nous ne peut être révoquée en doute, donne-t-elle aux blancs le droit de réduire en esclavage la race inférieure ? Non, mille fois non. Si les nègres se rapprochent de certaines espèces animales, par leurs formes anatomiques, par leurs instincts grossiers, ils en diffèrent et se rapprochent des hommes blancs sous d’autres rapports et nous devons en tenir grand compte. Ils sont doués de la parole, et par la parole nous pouvons essayer de les élever jusqu’à nous, certains d’y réussir dans une certaine limite. Du reste, un fait physiologique que nous ne devons jamais oublier, c’est que leur race est susceptible de se mêler à la nôtre, signe sensible et frappant de notre commune nature. Leur infériorité intellectuelle, loin de nous conférer le droit d’abuser de leur faiblesse, nous impose le devoir de les aider et de les protéger. » Que d’eaux, depuis, ont coulé sous les ponts de la connaissance de la nature humaine, emportant au loin tant de bienveillantes ignorances savantes! Aujourd’hui, parmi les 370 entrées introduites dans le Petit Robert 2009, dans les librairies parisiennes dès la mi-juin, figure l’ex-Première dame des Etats-Unis, Hillary Clinton, candidate défaite à l’investiture démocrate. Le vainqueur de cette course, son rival Barack Obama, devra attendre son tour. Ce n’est peut-être qu’un détail, mais à souligner, puisqu’il faut croire que tout cela est fait juste par réflexe. Son tour viendra, c’est certain, puisqu’il est déjà entré dans l’histoire, mais quelle inélégance ! Après tout, il faut se le demander : qu’est-ce qui peut être plus bénéfique pour l’humanité ? Le souhait de certains de freiner la marche de leur « semblable » dans le but d’assurer la pérennité d’une domination ou l’entière liberté à tout un chacun de laisser évoluer librement son potentiel naturel ? De Michaëlle Jean, désignée Gouverneure Générale du Canada (dans une tempête de réactions émotionnelles franco-québécoises!) à Barack Obama élu candidat démocrate à la Maison Blanche (au bout d’une course pas comme les autres!), en passant par les Secrétaires d’Etat américains Colin Powel et Condoleeza Rice, la Secrétaire d’Etat française aux Affaires étrangères et aux Droits de l’Homme Rama Yade, toutes et tous des pionniers dans leurs fonctions arrivés sur la scène politique à une même époque, d’aucuns y voient les résultats d’un profond changement de mentalité, notamment en Amérique, avec des répercussions ailleurs dans le monde. On pourrait mentionner aussi la ministre norvégienne d’origine martiniquaise Manuela Ramin-Osmundsen, nommée récemment, bien qu’elle ne soit restée en poste que peu de temps. Aujourd’hui, ce sont des Suisses et des Français qui se demandent à quand leur Barack Obama? Vers la libération du potentiel humain Le rêve de Martin Luther King qui n’aura finalement pas attendu une génération pour connaître un début significatif de concrétisation, vient de connaître un nouvel élan. A ce stade, ses effets ne peuvent que déborder l’espace américain et avoir leur impact dans le monde. Cela, au grand dam de ceux qui, les pieds dans le vingt-et-unième siècle, la tête encore au moyen-âge, n’en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles face à cette éloquente démonstration d’un changement des mentalités en cours aux Etats-Unis. Et ce changement se manifeste non pas à travers Obama qui ne fait qu’être lui-même, mais par une large frange de la population leucoderme, en train de se montrer prête à dépasser tant de clivages désuets fondés essentiellement sur l’ignorance. La grande compétence démontrée par des individus à peau noire dans tous les corps professionnels où ils ont eu accès, jointe à la performance aiguë de tous ces génies parmi eux, détenteurs de brevets d’invention d’une multitude d’utilités dont l’humanité fait usage quotidiennement aujourd’hui et même depuis les siècles passés – le plus souvent sans même savoir qui les a inventées – se sont chargées depuis longtemps de l’oeuvre de démythification de l’intelligence humaine. Cela, ce postulat de la psychologie moderne : « l’homme est le produit de son milieu » le résume déjà très bien. Ce nouvel épisode dans les rapports Blancs-Noirs n’est, après tout, qu’une étape s’enchaînant à d’autres. De Martin Luther King à Barack Obama, en passant par tout cet échantillon des élites noires américaines qui ne cesse de marquer son pays - et le monde - par l’éloquence de son savoir faire et de son courage, ces hommes et ces femmes noirs parmi d’autres sur qui reposait le fardeau de la preuve de l’inconsistance et de l’opportunisme de tant de préjugés défavorables aux mélanodermes, se sont bien acquittés de la tâche et le verdict a commencé à tomber. Eu égard au facteur d’émotivité indissociable du comportement aux urnes, le contexte de l’actualité de ces dernières années a aussi certainement joué son rôle dans le fait que ce passage à l’acte de la population blanche américaine, ayant préféré Obama à trois autres candidats démocrates blancs, arrive juste en ce moment. Il faut croire que des réalités contextuelles comme, par exemple, la visibilité dont jouit Michaëlle Jean, quoique désignée à un poste au contenu nettement différent qu’est celui de Gouverneur Général du Canada, ou la grande aise affichée au Quotidien par les Républicains Colin Powel puis Condoleeza Rice dans l’accomplissement de leurs mandats, qu’importe le regard projeté sur leurs choix politiques, ont certainement contribué aussi à cette oeuvre de démythification ayant pavé la voie à Barack Obama. Nonobstant tout l’inventaire des peurs, des réticences et des oppositions suscitées non pas par les idées ni même par la personne de Barack Obama, mais juste par le côté mélanoderme du candidat qui, aujourd’hui encore, n’a toujours pas le soutien de nombreux membres du parti démocrate, il s’avère incontestable que la candidature du Sénateur de l’Illinois à la présidence des Etats-Unis suscite beaucoup d’espoirs. Espoirs, entre autres, d’un changement significatif, autant aux Etats-Unis qu’ailleurs, par rapport à des effets non désirables des années Bush sur la vie dans le monde, mais aussi d’une réelle libération des mentalités enfermées depuis trop longtemps dans des préjugés stériles à l’égard de la peau noire. |






